Sutra 2.4
Translation
Dans le garbha (le sein, la matrice de la conscience), le développement (vikāsa) de la conscience (citta) est l'avidyā non-distincte (aviśiṣṭa), le rêve (svapnaḥ).
Sens
Ce sūtra emploie le terme garbha pour désigner le sein ou la matrice de la conscience, c'est-à-dire le réceptacle intérieur où la conscience individuelle se déploie. Ce déploiement, ce vikāsa, n'est autre que l'avidyā — l'ignorance ou méconnaissance — sous sa forme non-distincte (aviśisṣṭa). Cela signifie que cette ignorance n'est pas séparée de la conscience elle-même ; elle en est un mouvement, une contraction apparente. La conscience, en se déployant comme garbha, se rêve elle-même sous la forme d'un monde et d'un individu limité. Ce déploiement est comparé à un svapnaḥ, un rêve, car tout comme dans le rêve le rêveur produit un monde entier à partir de sa propre conscience, de même la conscience absolue, par son propre mouvement, se manifeste comme l'univers phénoménal.
L'expression aviśiṣṭa vidyā indique que cette connaissance limitée n'est pas une altération substantielle de la conscience, mais un simple déploiement apparent. La conscience demeure non-duelle ; son vikāsa n'est qu'un jeu (krīḍā) qui prend la forme d'un rêve. Le pratiquant est ainsi invité à reconnaître que toute expérience ordinaire, qu'elle soit de veille ou de sommeil, est un mouvement de la même conscience-rêve. En comprenant cela, on ne cherche pas à fuir le rêve, mais à s'éveiller à la conscience qui le rêve.
Contemplation
Aujourd'hui, observez un moment ordinaire — une conversation, un trajet, un repas — et posez-vous la question : « Qui est conscient de cela ? » Puis reconnaissez que cette conscience qui observe est la même que celle qui rêve la nuit. Le monde que vous vivez n'est pas séparé de la conscience qui le perçoit ; il en est le déploiement, le vikāsa. Reposez-vous dans cette reconnaissance sans chercher à modifier l'expérience, simplement en voyant que tout est le jeu de la conscience-rêve.
A contemplative reading in the spirit of the Kashmir Shaivism (Trika / non-dual Tantra) tradition — an aid to reflection, not a substitute for a living teacher or the classical commentaries.